Fatigue informationnelle : pourquoi Les Echos parient sur « La Sélection » plutôt que sur l’illimité

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Sur son stand à VivaTech, ce mardi 17 juin 2026, Les Echos ont consacré une session à une question que connaissent tous les éditeurs : « Quelle réponse à la fatigue informationnelle des Français ? ». Au programme, le diagnostic chiffré de Jean-Baptiste Leroux (OpinionWay), les valeurs du titre présentées par Célia Pénavaire (journaliste et rédactrice en chef numérique des Echos), puis la réponse produit portée par Yasmine Maslouhi, Directrice des activités et revenus abonnements des Echos : une nouvelle offre baptisée « La Sélection ». Voici ce qu'il faut en retenir.
  • Le constat OpinionWay : un Français consomme environ 6 familles de médias par jour, 20% utilisent déjà une IA générative pour s’informer, mais une majorité se dit submergée, voire fatiguée par l’information.
  • La conviction des Echos : face à la fatigue informationnelle, l’illimité n’est pas la réponse. Le groupe fait le pari inverse, celui de la sélection.
  • « La Sélection » : entre 9 et 15 articles par jour, choisis dans une production quotidienne de 120 à 150 papiers, selon une grille de besoins lecteurs (s’informer, réfléchir, s’inspirer, se développer, se divertir) et une discipline de quotas stricte.
  • Trois supports (onglet dédié dans l’application, rubrique sur le site, newsletter quotidienne), un récit hebdomadaire le samedi, et 5 articles partageables chaque mois. Prix early bird : 9,90 € par mois.

Le constat : une information plus abondante, mais une consommation qui coûte cher psychologiquement

Jean-Baptiste Leroux (OpinionWay) a posé le décor. La fatigue informationnelle, aussi appelée infobésité, est un concept né chez les sociologues américains dans les années 1970, repris en Europe et retravaillé par Edgar Morin autour de l’idée d’un « nuage informationnel », l’ensemble des informations transmises chaque jour par le panier de médias que l’on consomme. Un Français consomme en moyenne 6 familles de médias par jour (télévision, radio, presse, réseaux sociaux, podcasts, et désormais IA). Test à l’appui dans la salle : environ 20% des Français se servent d’une IA générative comme ChatGPT pour s’informer sur l’actualité.

La première vertu de ce nuage est d’informer mieux qu’il y a vingt ans, alors même que le monde est perçu comme de plus en plus complexe. Mais la contrepartie est lourde : impression de voir toujours les mêmes informations, sentiment, en fin de journée, de ne pas avoir appris grand-chose, et une majorité de Français qui se disent submergés, voire fatigués par l’information. Pour une partie d’entre eux, l’information est même jugée déprimante.

Ce n’est pas l’information en elle-même qui déprime, c’est la façon dont elle est hiérarchisée et traitée. Si on ne met en avant que les informations chaudes et anxiogènes, avec un traitement sensationnaliste, on crée de l’anxiété.

Jean-Baptiste Leroux, OpinionWay

Sa métaphore : l’océan. Les médias de l’immédiateté restent en surface, sur l’écume des vagues. Les médias qui emmènent vers le fond font apprendre, mais c’est plus exigeant. Le tout dans un climat de défiance, alimenté par le sentiment d’une multiplication des fake news et l’impression que les médias privilégient la confrontation des ego et des idées au détriment de l’explication et du décryptage. Face à cela, les Français se construisent des stratégies : croiser les sources, parler de l’actualité avec leurs proches (83% considèrent l’actualité comme un sujet de discussion avec l’entourage), reprendre la main pour choisir leur information plutôt que la subir, privilégier les médias qui aident à comprendre, lâcher la pression en ralentissant leur consommation, et enfin accepter qu’une information de qualité a de la valeur et qu’il faut la financer. L’évitement total, lui, ne concerne que 10 à 15% des Français.

La réponse des Echos : quatre piliers éditoriaux et une responsabilité assumée

Yasmine Maslouhi a d’abord rappelé que les journalistes ressentent eux aussi cette fatigue, et qu’il est faux de croire que seuls les contenus anxiogènes fonctionnent : les contenus inspirants et utiles, parcours de réussite ou portraits de dirigeants, marchent tout autant. La réponse du groupe s’appuie sur quatre piliers éditoriaux. Deux relèvent de l’ADN historique du titre, vieux de plus de cent ans : la fiabilité (vérification systématique de chaque information, sur tous les supports, en s’appuyant sur une rédaction d’experts) et l’impartialité (analyser les faits sans parti pris, décrypter l’économie et la vie des entreprises). Deux sont plus récents : l’inspiration (le journalisme de solutions, qui ne se contente pas de constater un problème mais montre qui le résout) et l’information utile, dans la vie professionnelle comme personnelle (gérer un manager toxique, par exemple).

C’est capital pour nous de redonner goût à l’info, et de redonner goût à la lecture. On a envie de vivre dans une société où les gens lisent, où chacun peut s’accorder au moins 30 minutes de lecture ininterrompue. C’est aussi un enjeu de société : pour participer de manière éclairée à la vie publique, il faut retrouver goût à l’information.

Yasmine Maslouhi, Directrice des activités et revenus abonnements Les Echos

Deux besoins, deux réponses : l’illimité d’un côté, la sélection de l’autre

Le point stratégique le plus intéressant pour les éditeurs tient dans une segmentation assumée des besoins. D’un côté, les lecteurs qui utilisent Les Echos quotidiennement pour travailler, préparer des business plans ou des pitchs. Pour eux, la réponse reste l’accès illimité à la documentation et aux 35 ans d’archives, complété par un nouvel assistant IA destiné à leur faire gagner en productivité. De l’autre, ceux qui cherchent un partenaire intellectuel quotidien et de confiance. Pour ce besoin, la position des Echos est nette : l’illimité n’est pas la réponse.

L’illimité a beaucoup été utilisé comme une promesse par les télécoms et par les médias. Aujourd’hui, avec cette fatigue informationnelle, nous pensons qu’il faut une autre promesse. Nous avons choisi la promesse presque inverse : la sélection.

Yasmine Maslouhi, Groupe Les Echos – Le Parisien

« La Sélection » : trois critères, trois valeurs, une discipline éditoriale

« La Sélection » repose sur trois critères fondamentaux. L’équilibre d’abord : l’objectif n’est plus la dernière minute à tout prix (d’autres font la breaking news mieux que Les Echos), mais une information utile pour comprendre le monde et prendre de la hauteur. L’apaisement ensuite : des voix plurielles et des tribunes, mais fondées sur des arguments chiffrés et équilibrés. L’impartialité enfin, valeur historique du titre.

Présentées en ouverture par Célia Pénavaire, les valeurs du titre se déclinent en trois axes directeurs pour cette sélection : la raison face à l’idéologie (un ADN économique qui impose une lecture rationnelle, presque mathématique du monde), l’optimisme face au fatalisme (donner de la place aux parcours de réussite et aux solutions qui fonctionnent), et l’ambition face au déclinisme (enquêtes et décryptages pour gérer les problématiques professionnelles et personnelles).

Les trois valeurs directrices de La Sélection
« Nos valeurs seront au service de La Sélection » : la raison face à l’idéologie, l’optimisme face au fatalisme, l’ambition face au déclinisme. (Source : Les Echos, VivaTech 2026)

Côté fabrication, c’est une vraie discipline éditoriale. Chaque jour, la rédaction produit entre 120 et 150 articles ; l’équipe en sélectionne 9 à 15, répartis selon une grille de besoins lecteurs (s’informer, réfléchir, s’inspirer, se développer, se divertir) avec des quotas fixes par catégorie, plusieurs fois par jour. Concrètement, « se développer » pèse autour de 20% des sujets, tandis que « s’inspirer » et « se divertir » plafonnent à 10% chacun. Une rubrique culture ou un top des polars de l’été a ainsi toute sa place aux côtés du conflit au Moyen-Orient.

Une sélection équilibrée selon les besoins lecteurs
« Une sélection équilibrée conçue pour être utile » : la grille des besoins lecteurs (s’informer, réfléchir, s’inspirer, se développer, se divertir) et ses quotas. (Source : Les Echos, VivaTech 2026)

Trois supports, un récit hebdomadaire, et du partage

« La Sélection » est conçue pour être identifiable sur les trois supports les plus consultés : un onglet dédié dans l’application (sous forme de cards immersives), une rubrique éponyme sur le site Les Echos, et une newsletter quotidienne dans la boîte mail (à 8h30, signée par la rédaction). Le tout avec un peu de personnalisation, mais volontairement limitée, pour préserver un socle commun partagé par tous les abonnés. S’y ajoute, tous les samedis matin, un récit exclusif qui revient sur les faits marquants de la semaine, signé par les directeurs de la rédaction Christophe Jakubyszyn et Clémence Lemaistre. Et parce que l’information se partage, l’offre intègre 5 articles à partager librement avec ses proches chaque mois.

La Sélection sur trois supports
« La Sélection » identifiable sur les trois supports : un onglet dans l’application, une rubrique sur le site, et une newsletter dédiée. (Source : Les Echos, VivaTech 2026)

Le prix : un positionnement volontairement accessible

Pensée comme un partenaire intellectuel du quotidien, l’offre se veut accessible au plus grand nombre. Le prix early bird est de 9,90 € par mois. Yasmine Maslouhi a revendiqué un positionnement « moins cher que Canal+, moins cher que Netflix, et même moins cher que Le Monde aujourd’hui ». Une offre spéciale VivaTech était proposée sur le stand : un mois offert affiché sur la présentation, puis deux mois annoncés sur scène. À noter que l’assistant IA destiné aux usages professionnels était présenté juste à côté, sur le même stand.

Offre early bird à 9,90 euros par mois
L’offre d’abonnement « conçue pour être accessible » : early bird à 9,90 € par mois, avec un mois offert pour VivaTech. (Source : Les Echos, VivaTech 2026)

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